2. Expérience spirituelle : amour et épreuve
À la mort de sa mère, vers l'âge de quatorze ans, Rabindranāth trouva la première personnification de l'amour humain chez une de ses belles-sœurs. Un jour, en 1883, Rabindranāth eut la révélation que l'amour humain ne faisait qu'un avec celui de la nature et de Dieu : « Le soleil se levait lentement au-dessus des feuilles [...] ; soudain un rideau semblait disparaître devant mes yeux. Je trouvai le monde entier baigné d'une gloire ineffable, des vagues de joie et de beauté éclatante et déferlant de tous côtés [...]. Il n'y avait rien ni personne que je n'aimais pas à ce moment-là [...]. Dans la totalité de ma vision, je semblais être témoin des mouvements du corps de toute l'humanité, et sentir la musique et le rythme d'une danse mystique. » (Jīvan-smriti, 1912) [Réminiscences]. Ce fut la genèse du poème « Le Réveil de la source ».
En 1884, le suicide de sa belle-sœur, qui le bouleversa, lui fut une expérience fondamentale : il fallait renoncer à l'amour du particulier pour mieux aimer l'humanité entière, la nature et Dieu. Les événements tragiques de sa vie, loin de l'aigrir, élargissaient l'horizon de son humanisme théiste. Devant la mort qui frappait cruellement autour de lui – entre 1902 et 1918, lui sont arrachés sa femme, trois de ses enfants ainsi que son père – il se sentait comme une fleur qui, perdant ses pétales un à un, deviendrait graduellement un fruit que la Mort viendrait cueillir à sa pleine maturité, en offrande au seigneur de la Vie.
Doué d'une vitalité débordante et d'un corps aussi exceptionnellement robuste que beau, Rabindranāth hébergeait dans son cœur la révolte et l'impétuosité du Bengali. Il dénonçait, aussi bien dans ses poèmes que dans sa vie, « celui qui commet l'injustice et celui qui la tolère », et sa prière était : « Que Ta haine puisse les consumer comme brins d'herbe sauvage. » La vaste sérénité, la maîtrise de soi et la résignation devant Dieu qu'il avait héritées de son père lui conféraient une rare grandeur. Pour lui la mort n'avait pas de mystère. Il ne fuyait pas la souffrance. Parmi ses chants, qui inspiraient courage à un Gandhi, rappelons celui-ci : « Cet encens que je suis ne dégage pas de parfum sans qu'on le brûle ; cette lampe que je suis n'émane pas de lumière sans qu'on l'allume. »
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