6. La modernité
Le quotidien se couvre d'un revêtement : la modernité. Les faits divers et les turbulences affectées de l'art, la mode et l'événement dissimulent sans l'abolir la grisaille quotidienne. Les images, le cinéma, la télévision divertissent le quotidien en lui offrant tantôt son propre spectacle, tantôt le spectacle du non-quotidien : la violence, la mort, la catastrophe, la vie des rois et des vedettes, eux qui, croit-on, échappent à la quotidienneté. Modernité et quotidienneté constituent ainsi une structure profonde, celle que dévoile une analyse critique.
Cette analyse critique du quotidien, qui écarte les interprétations, a été elle-même interprétée de façons opposées. Les uns traitent le quotidien avec impatience ; ils veulent « changer la vie », et vite ; il leur faut tout et tout de suite ! D'autres considèrent que le vécu n'a ni importance ni intérêt, qu'au lieu de le comprendre il faut le mettre entre parenthèses et le réduire pour faire place nette devant la science, la technique, la croissance économique, etc.
Aux premiers on peut répondre que métamorphoser le quotidien exige des conditions. La rupture du quotidien par la fête, violente ou paisible, ne dure pas. Pour changer la vie, il faut changer la société, l'espace, l'architecture, la cité. Aux seconds on répondra qu'il est monstrueux de réduire le « vécu », que les difficultés de l'humanisme n'autorisent pas à assimiler les hommes aux insectes. Avec les moyens colossaux dont nous disposons et les dangers terrifiants qui nous guettent, nous entrons dans le « surhumanisme ».
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