4. La répétition et le changement
Formulé le concept du quotidien éclaire le passé. Il y eut toujours une vie quotidienne, bien que fort différente de la nôtre. Cependant, le quotidien est toujours un caractère répétitif plus ou moins voilé par les obsessions et les craintes. Et l'on découvre alors le grand problème de la répétition, l'un des plus difficiles qui se posent. Le quotidien se situe au croisement des deux modalités de la répétition ; le cyclique, dominant dans la nature, et le linéaire, dominant dans les processus rationnels. Le quotidien implique d'un côté des cycles (les nuits et les jours, les saisons et les récoltes, l'activité et le repos, la faim et sa satisfaction, le désir et son assouvissement, la vie et la mort) et de l'autre des gestes répétitifs, ceux du travail, ceux de la consommation.
Dans la modernité, le second aspect (la répétition) tend à masquer, écraser le premier. Le quotidien impose sa monotonie. Il est l'invariant des variations qu'il enveloppe. Les jours se suivent et se ressemblent, et cependant – c'est la contradiction que renferme la quotidienneté – tout change. Mais le changement est programmé : l'obsolescence est voulue. La production prévoit la reproduction, produit les changements eux-mêmes. De sorte qu'une impression de vitesse se superpose à l'impression de monotonie. Les uns crient à l'accélération du temps, les autres à la stagnation. Tous ont raison.
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