Prince de l'esprit, Quevedo a laissé une œuvre multiple et contrastée. Poésie satirique et lyrique, roman, théâtre, conte burlesque, essai critique, prose philosophique, il n'est aucun de ces genres où il n'ait brillé. Mais, sous ces formes diverses, apparaît la même Espagne d'un Siècle d'or sur son déclin, cette Espagne que regarde, avec tendresse et chagrin, un écrivain trop lucide pour ne pas être désenchanté.
1. Jeux d'épée, jeux de plume
Madrilène de naissance, Francisco Gómez de Quevedo y Villegas a été formé à la grande université d'Alcalá de Henares, puis à celle de Valladolid ; mais il leur préfère bientôt la cour et ses intrigues. On l'accuse de meurtre, il fuit. Il entre au service du vice-roi de Sicile et, de l'Italie à Madrid, il se fait colporteur de secrètes missions. Il s'échappe de Venise conjurée sous l'habit d'un mendiant, pendant que, dans la ville, on brûle son effigie. Il se sépare de sa femme un an après son mariage. Il connaît les faveurs royales, puis la prison. Sa terre de La Torre de Juan Abad est aussi souvent pour lui le cadre de l'exil que celui du repos. Quatre années – de 1639 à 1643 – passées dans un infâme cachot du couvent de San Marcos de León ont raison de sa santé, déjà délicate ; il ne jouit que peu de temps de la liberté retrouvée et meurt à Villanueva de los Infantes un an plus tard.
Mais comment son humeur inquiète, sans cesse aux aguets, volontiers agressive et souvent turbulente, aurait-elle pu lui assurer une paisible existence ? Boiteux, mais fin bretteur, il aime et sait se battre, et n'a pas moins de goût pour les querelles littéraires : défenseur du « conceptisme », qui détourne les mots au service d'une pensée subtile, ingénieuse à l'extrême, il pourfend Góngora et ses sectateurs « cultéranistes », partisans d'une langue poétique difficile, où l'ornement vaut pour lui-même. De ces joutes, il reste une œuvre frappée au coin du génie. Dans les ardentes strophes adressées à une mystérieuse Lisi, dans les sonnets burlesques, dans les poèmes métap […]
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