3. De Rameau à Gluck
Jean-Jacques Rousseau et les Encyclopédistes furent, dans cette querelle, les ennemis les plus acharnés de Rameau et, malgré l'injustice des reproches qu'ils lui adressèrent, ils réussirent à faire condamner par une grande partie de l'opinion la musique française. La marquise de Pompadour et ses amis, qui soutenaient l'opéra français, tentèrent de lutter en essayant de faire un triomphe, en janvier 1753, à une œuvre lyrique française, Titon et Aurore, de Mondonville ; mais la tentative était mauvaise, car Mondonville est loin d'avoir le génie de Rameau. Cependant, leur influence auprès du roi aboutit en 1754 au renvoi des Bouffons italiens. La même année, Rameau prit une éclatante revanche lors de la reprise de son chef-d'œuvre dramatique, Castor et Pollux, qui fut applaudi « avec fureur ».
Mais le mouvement, provoqué par l'intrusion des Bouffons italiens en France, ne devait pas s'arrêter avec le départ de ces derniers ; Rameau mourut bientôt (janvier 1764), chargé d'ans et de gloire, et aucun compositeur français ne releva le flambeau de la tragédie lyrique. Ce mouvement entraîna la musique française dans une autre direction, et on lui demanda désormais « de parler plus au cœur qu'à la raison ». Elle va donc s'appauvrir dans le domaine symphonique et instrumental, et l'orchestre occupera une place plus modeste, se contentant de soutenir la ligne mélodique du chant. Cette mélodie régnera encore dans les grands drames lyriques de Gluck, où l'orchestration plus fournie mais toujours discrète lui servira de support. On s'attachera plus à l'expression des sentiments, de l'émotion vraie, du pathétique dans le domaine de l'opéra ; mais c'est surtout l'opéra-comique qui bénéficiera de l'influence des intermezzi italiens, car, après une période où il essaiera de les imiter, il trouvera sa vraie personnalité, faite de charme, de coquetterie, de gaieté, de sentimentalité même, avec des compositeurs comme Philidor, Monsigny, Dalayrac, Grétry.
Quoi qu'il en soit […]
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