2. « Kill Bill », une danse de mort
Pourtant, le souci de perfection, et la part contraignante du statut de réalisateur vedette, ont freiné cette avancée. Adapté d'un roman d'Elmore Leonard, Jackie Brown (1997) a confirmé la virtuosité du metteur en scène Tarantino sans créer un effet de surprise aussi saisissant que Pulp Fiction. Sans doute parce que, débarrassé de certaines afféteries, le cinéaste semble prendre la voie d'un nouveau classicisme et porte un intérêt plus « adulte » à ses personnages. Hommage à la blaxploitation (qui, dans les années 1970, avait donné une dimension inédite au héros noir dans le cinéma américain) Jackie Brown est aussi un superbe portrait de femme. Les ingrédients du polar (trafic, double jeu et course aux dollars) n'en paraissent cependant que plus décoratifs. Quentin Tarantino donne une nouvelle variation sur le cinéma de genre avec Kill Bill 1 et 2 (2003 et 2004), qui se découpent en chapitres construits autour d'une unité dramatique et visuelle, fonctionnant comme autant de petits films à part entière.
Pour que cette richesse d'inspiration se déploie, une condition est posée : la pauvreté du scénario, parfois seulement apparente, parfois bien réelle. Une jeune femme (interprétée par Uma Thurman) établit la liste de cinq personnes qu'elle est déterminée à tuer, et accomplit son projet jusqu'au bout, – jusqu'à Bill, le dernier sur sa liste. Tout en respectant cette logique aussi implacable que minimale, les deux films construisent une narration qui déjoue la linéarité grâce à des flash-back habilement utilisés comme éléments de réponses à une série de questions laissées en suspens.
Comme les autres œuvres de Tarantino, Kill Bill est aussi une cinémathèque qui se cache derrière la façade d'une salle de cinéma de quartier. Le premier opus, qui s'inspire des films de sabre japonais, met plus généralement en exergue le sens de la chorégraphie, qu'on retrouve dans Kill Bill 2 avec les emprunts aux films de kung-fu. Mais c'est surtout le forme du duel, venue du western italien, qui domine cette deuxième partie, plus classique et majestueuse, où s'illustre un cinéma du cadre, souvent du plan fixe, et de la parole, ravivant ce plaisir du dialogue qui est la marque de Tarantino. Cet Américain ouvert sur les cinémas du monde se place ici sous le signe de la transmission, en maintenant un difficile équilibre entre film de genre et film d'auteur.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



