4. Les constantes
Queirós ne cessa de faire le procès satirique du romantisme. Ce sont la poésie et la musique romantiques qui préparent Amélia à se jeter dans les bras du curé de Leiria, concourant ainsi à sa perte ; l'éducation et les lectures romantiques prédisposent Luísa à l'aventure d'une liaison sans lendemain ; l'esthétique romantique explique l'échec d'un poète sincère (Alencar, dans Les Maia). Le romantisme pare les objets et les gens de vertus qu'ils n'ont pas. Il est trompeur comme la beauté et comme l'amour. Et la méfiance de l'amour ne cesse de s'exprimer, elle aussi, tout au long de l'œuvre d'Eça, à la manière de la moralité des fables, par des signes, des rêves et des symboles, voire par des aventures et des anecdotes, tragiques ou comiques, mais à la vérité étonnantes chez un réaliste soucieux de vraisemblance. La contradiction est surtout manifeste dans La Tragédie de la rue des Fleurs, roman inédit jusqu'en 1980, dont l'édition suscita une violente polémique : l'intrigue romanesque conduit au suicide de la femme passionnée, éprise d'un jeune homme qui s'avère être son propre fils. Leçon, le châtiment de Vénus par Cupidon masqué.
Cette méfiance vis-à-vis de l'amour contribue à faire apparaître la physionomie véritable de Queirós. Il emprunte souvent la voix des moralistes les plus rigoristes. Mais sa manière de voir et d'écrire – ironique, blessante, hilarante – est à l'opposé du style édifiant. Ce désaccord contribue à son originalité et à son succès. Il explique aussi un malentendu : l'ironie féroce de Queirós empêcha qu'on reconnût en lui un véritable conservateur. C'est pourquoi les esprits libres et les hommes de gauche l'ont adopté, malgré la leçon procolonialiste de L'Illustre Maison des Ramirès et sa cuisante satire des révolutionnaires républicains et socialistes dans un chapitre de La Capitale (A Capital). En vérité, Queirós n'aura été un homme de gauche que pendant sa jeunesse, entre deux périodes de sa vie : celle du cabotinage romantico-extravagant des écrit […]
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