2. L'évolution littéraire
Le premier dessein de Queirós fut d'épater le bourgeois. Ses premières pages accumulent les extravagances, ainsi que les solécismes et les barbarismes. Ses attitudes et ses écrits relevaient encore du romantisme le plus outré. Cet exhibitionnisme céda bientôt la place à l'humour ; et l'art de la caricature, la critique, le persiflage succédèrent à l'extravagance. Il venait de mettre sa littérature en accord avec son caractère : poseur lui-même au-delà de toute mesure, sa difficulté d'être le rendait particulièrement apte à déceler chez les autres la pose et le factice. Avec Ramalho Ortigão, il fonda en 1870 un périodique satirique, Les Banderilles, qui est un spirituel commentaire de la réalité quotidienne portugaise. Mais sa chance fut de découvrir le réalisme. La conception qu'il en avait lui permettait de poursuivre son attaque contre les vices de la société, tout en réalisant une œuvre d'art complexe et durable. Les classiques et les réalistes français lui fournirent la discipline et le sens de la mesure. Son style s'affermit, son langage acquit une clarté et une efficacité redoutables. Son goût du canular mûrit en culte de l'ironie. Dans un pays au langage littéraire dominé par l'emphase, l'abondance et autres héritages baroques, qu'avait libérés l'anarchie du romantisme, l'art d'Eça de Queirós put passer pour de l'atticisme et conquit rapidement tous les suffrages. Queirós avait appris à composer, et, avec coquetterie, changea de technique d'un livre à l'autre. En guise d'adieu au cabotinage, il avait écrit avec Ramalho Ortigão un roman épistolaire qui tenait du jeu d'invention : Le Mystère de la route de Cintra (1870). Il donna ensuite une nouvelle de composition linéaire, aux effets sobres et d'un style déjà très dépouillé : Les Singularités d'une jeune blonde (1874). Ce fut, enfin, le premier chef-d'œuvre, La Faute de l'abbé Amaro, dont la composition s'inspire du Père Goriot : on y trouve une description exhaustive d'un milieu social, ave […]
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