3. Un merveilleux équilibre instrumental
Une seule constante, à la vérité assez curieuse, subsiste à travers toute l'histoire du quatuor : c'est l'emploi d'instruments de trois formats, et non quatre, ce qui justifie la surprise d'une ambassadrice, d'ailleurs réputée pour sa naïveté, à la vue d'un second violon si semblable au premier... À diverses reprises, des luthiers ont construit des instruments de formats intermédiaires entre le violon, l'alto et le violoncelle, sans parvenir à les imposer. On ne voit guère à cela d'autre explication qu'un attachement sentimental plus ou moins conscient des compositeurs à l'ancien équilibre des deux voix supérieures dans la primitive sonate à trois.
L'exécution du quatuor a longtemps été assurée par la réunion occasionnelle de musiciens d'orchestre, de virtuoses amateurs ou professionnels. On peut évoquer telle séance amicale à Vienne, en 1784, où le premier violon était Haydn, le second Dittersdorf, et l'alto Mozart en personne. C'est aussi à Vienne, en 1792, que se constitua le premier quatuor professionnel, celui d'Ignaz Schuppanzigh, qui se produisit en séances publiques à partir de l'hiver 1804-1805. L'exemple fut rapidement suivi dans l'Europe entière. Pierre Marie Baillot (1771-1842) créa en 1814, à Paris, un quatuor qui se donna surtout à tâche de faire connaître les quatuors de Beethoven. La pérennité du quatuor à cordes est confirmée par le nombre de compositeurs contemporains ayant écrit pour lui, dans les styles les plus divers : P. Boulez, J. Cage, E. Carter, M. Feldman, B. Ferneyhough, G. Ligeti, G. Kurtág, L. Nono, H. Radulescu, G. Scelsi, I. Xenakis, etc. Par ses créations et par son dialogue avec les compositeurs, dont H. Lachenmann, le Quatuor Arditti, par exemple, contribue à la floraison de la musique pour quatuor à cordes.
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