3. Le bilan des politiques mises en œuvre
Malgré l'instabilité des gouvernements, le bilan des politiques conduites de 1946 à 1958 comporte des points positifs, tout particulièrement dans le domaine économique et social et dans les débuts de construction européenne. C'est la politique coloniale qui est certainement la plus déficiente.
• La politique économique et sociale
La France s'est économiquement reconstruite avec l'aide des États-Unis et du plan Marshall. Les grands secteurs de l'énergie, des transports, de la banque et des assurances ont été nationalisés à la Libération, et une planification établie. Les comités d'entreprise sont créés, ainsi qu'un régime de sécurité sociale pour tous. La production a repris, permettant de sortir du rationnement à partir de 1948 et assurant une situation de quasi-plein-emploi. L'indice de la production industrielle, tombé à 50 en 1945, se trouvait à 213 en 1958. Après une période d'inflation galopante mais de hausse plus limitée des salaires, une stabilisation des prix intervient et il n'y aura plus de dévaluation entre 1949 et 1957. L'agriculture a commencé sa modernisation, qui ne se fait pas sans dommages pour les petites exploitations endettées par l'achat de matériel agricole, alors que les prix à la production baissent. Antoine Pinay, président du Conseil en 1952, rétablit la confiance avec les milieux d'affaires et les épargnants, il lance un grand emprunt indexé sur l'or, réduit les dépenses mais fait aussi voter une loi où le salaire minimum est pratiquement aligné sur la hausse des prix. En 1956, le gouvernement de Guy Mollet accorde une troisième semaine de congés payés, établit un fonds de solidarité en faveur des personnes âgées (financé par la vignette automobile), établit un contrôle des honoraires médicaux et un meilleur remboursement pour les assurés. La IVe République correspond donc à l'entrée dans un système de protection sociale élevée et d'État-providence. La reconstruction et la modernisation de l'économie ont connu bien sûr beaucoup de vicissitudes ; sur le moment, les observateurs ont surtout souligné les difficultés de la situation, mais au total et rétrospectivement, on peut dire que la IVe République a à peu près réussi à relever les défis économiques dans les premières années de ce que Jean Fourastié appellera plus tard les Trente Glorieuses.
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