
L'expression de Quatrième Génération, due au critique soviétique Alexandre Makarov, désigne les écrivains qui font leur entrée dans la littérature à la fin des années cinquante. Presque tous étaient à peine adolescents à la fin de la guerre. Élevés dans le culte de Staline, ils commencent à écrire quand le XXe Congrès vient de révéler qu'on les a trompés. Certains ont eu une enfance traumatisée par l'arrestation de leurs parents.
Les œuvres majeures de la Quatrième Génération s'échelonnent sur moins d'une décennie : en prose, La Petite Gare (1959) de Kazakov ; Les Collègues (Kollegi, 1960), Billet pour les étoiles (Zvezdnyj bilet, 1961) et Oranges du Maroc (Apelsiny iz Marokko, 1963) d'Axionov ; Il vit (Živ čelovek, 1962) de Maximov ; L'Inconnue d'Arkhangelsk (Zavtrašnie, 1961) et Feux sur la glace (1964) de Konetski ; Le Grand Filon (Bol' šaja ruda, 1960) de Vladimov ; en poésie, Baby Iar et Les Héritiers de Staline (1962) d'Evtouchenko ; La Poire triangulaire (1962) et Oza (1964) de Voznessenski. Toutes présentent des traits communs : condamnation du passé ; volonté de dire ce qu'on pense ; déchirement intérieur ; appel à des définitions morales moins rudimentaires ; et, au plus profond, besoin de revaloriser les problèmes humains par rapport aux dogmes économistes d'une société sacralisée. Souvent pris à partie par la critique officielle et par le pouvoir, les auteurs de la Quatrième Génération ont été, vers 1960, les « idoles » de la jeunesse : on enregistre sur des disques de fortune les chansons d'Okoudjava ; la milice montée canalise la foule aux lectures publiques d'Evtouchenko. Les critiques sérieux voient alors dans la Quatrième Génération l'avenir des lettres soviétiques. Ces espoirs ne se sont pas réalisés. Avec la fin de la période de « déstalinisation », le retour d'une certaine répression menée au nom du « réalisme socialiste » avorte cette renaissance. Son glas définitif sera marqué par l'intervention de l'U.R.S.S. en Tchécoslovaquie (1968). Dans les années soixante-dix, les écrivains de cette génération se réfugient dans le silence ou bien choisissent entre le conformisme et la dissidence, s'adaptent ou émigrent. Rares sont ceux qui parviennent à se maintenir : Kazakov meurt après un long silence en 1982 ; Okoudjava n'a pas trouvé dans ses romans historiques le souffle de ses chansons (mais ses nouvelles chansons sont toujours aussi bonnes). Maximov, Voïnovitch, Axionov, Vladimov sont tour à tour poussés vers l'émigration au cours des années 1970-1980. Evtouchenko et Voznessenski se sont assagis. Bondarev est devenu un dirigeant important de l'Union des écrivains.
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