2. Le « Li sao »
Le Li sao, seul poème qu'on peut lui attribuer avec certitude, apparaît comme une sorte d'autobiographie de l'esprit. Après avoir relaté sa naissance et son lignage, le poète passe à un catalogue de ses vertus qu'il énonce en un langage allégorique, employant les fleurs et les plantes comme symboles. Il explique que le maître qu'il servait prêta l'oreille à la calomnie et le bannit. En désespoir, il quitte la terre et monte dans un char tiré par des dragons. À part quelques anathèmes lancés contre les mœurs corrompues du monde et des réflexions morales sur les temps anciens, le reste du poème raconte le voyage surnaturel, dont le but paraît la quête d'une déesse ou d'une belle dame légendaire qui sera son épouse. Mais où qu'il se dirige, aux demeures des déesses, au mont céleste de l'Ouest mystérieux, il ne rencontre que déboires et chagrin. Le poème finit sur un cri de douleur et d'angoisse. De ce bref résumé, on peut voir au moins que cette œuvre, nulle part, ne donne tort aux faits de la biographie.
Il n'est aucun doute que Li sao contient des éléments chamanistes, tels le vol aérien, la quête amoureuse d'une déesse, qui paraît ailleurs, dans le recueil Chuci, dans un contexte explicitementchamaniste. Certains traits de chamanisme ont dû être empruntés par Qu Yuan aux traditions de son pays natal, insigne à cette époque par la prédominance de ce phénomène religieux.
D'autre part, une analyse du poème fournit beaucoup d'indications, notamment que l'auteur était très entendu aux traditions culturelles du Nord, centre ancien de la civilisation chinoise, et que, malgré son originalité éclatante, la poésie de Qu Yuan est faite d'éléments préexistants et divers.
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