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QU'EST-CE QU'UNE NATION ? Ernest Renan

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2.  Originalité et complexité d'une réponse

Repris en 1887 dans le volume intitulé Discours et conférences, ce « morceau » est celui auquel Renan a dit attacher le plus d'importance. « J'en ai pesé, déclare-t-il, chaque mot avec le plus grand soin : c'est ma profession de foi en ce qui touche les choses humaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l'équivoque funeste de ces mots : nationnationalitérace, je désire qu'on se souvienne de ces vingt pages-là. Je les crois tout à fait correctes. » On a pu les rapprocher de celles où Michelet fait de la nation le produit d'un acte héroïque de volonté transcendant tous les déterminismes. Ainsi l'auteur du Peuple écrit, dans la Préface de 1869 à son histoire de France : « La France a fait la France, et l'élément fatal de la race m'y semble secondaire. Elle est fille de sa liberté. » Elles ne sont pas non plus sans points communs avec certains passages du texte intitulé L'Alsace est-elle allemande ou française ?, rédigé par Fustel de Coulanges au lendemain de la guerre de 1870 : « Ce qui distingue les nations, ce n'est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu'ils sont un même peuple lorsqu'ils ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances. Voilà ce qui fait la patrie. [...] La patrie, c'est ce qu'on aime. »

La même assimilation de la nation à ce complexe sentimental qu'est la patrie est effectuée par Renan qui, dans sa définition, associe constat objectif et représentation subjective aussi étroitement qu'il unit l'héritage et l'avenir. Un nation suppose, rappelle-t-il, un passé, « un héritage de gloire et de regrets à partager », et aussi d'« avoir souffert, joui, espéré ensemble ». Elle suppose également « dans l'avenir, un même programme à réaliser » ; « elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie ensemble ». Dans ce chef-d'œuvre de pédagogie et de rhétorique devenu, tout au long du xxe siècle, un classique des instituts de sciences politiques, se combinent donc une conception de la nation qui place dans le passé le fondement de l'identité collective – la terre et les morts que Barrès devait célébrer –, et l'affirmation que la nation est le produit de ceux qui la composent, ce qui renvoie au libre droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

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NATION - L'idée de nation

Écrit par :  Georges BURDEAUPierre-Clément TIMBAL

…  particulier de leurs citoyens illustres » (The Spirit of Wigghism, 1836). En France, *Renan met en lumière les divers éléments de cohésion de la nation : la race, la langue, l'affinité religieuse, la géographie, les intérêts économiques, les nécessités militaires ; mais il ajoute aussitôt qu'ils ne suffisent pas à créer une nation,… Lire la suite

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