5. La philosophie implicite des Mbuti
Le dénuement matériel des Mbuti, effrayant pour un étranger, n'est pas ressenti par eux comme une privation. Ne trouvent-ils pas au jour le jour, et sans trop de peine, ce dont ils ont besoin ? Nourriture, eau claire, abri, tout est à la portée de la main. Aussi chérissent-ils cette relative absence de souci matériel qui explique leur répugnance à s'attacher à la terre par l'agriculture, et leur refus de tout rituel formaliste. La pluie ne manque jamais chez eux. N'étant pas obligés de forcer la nature, ils n'ont recours qu'à un minimum de pratiques magiques.
Les Noirs essayent, sans trop de succès, de leur inculquer leurs croyances à la sorcellerie, notamment au sujet de la responsabilité des décès. Quant aux « esprits » qui hantent la forêt, l'histoire suivante, racontée par Turnbull, illustre l'usage que les Mbuti en font : l'un d'eux partit un jour au village de son patron, les mains vides, et en revint chargé de bananes et de riz. Interrogé sur cette aubaine, il répondit sans rire qu'il s'était mis en route avec de la viande séchée pour son patron ; en chemin, un « esprit » la lui avait volée, en allant jusqu'à prendre la forme de sa défunte grand-mère. Effrayé et apitoyé par cette histoire macabre, son patron l'avait comblé de présents.
Alors que les Noirs considèrent le sang menstruel comme impur et dangereux, et entourent la puberté féminine de précautions magiques, les Mbuti, au contraire, se réjouissent de l'événement, promesse de postérité. À cette occasion une hutte spéciale est construite, où quelques filles pubères sont réunies. L'accès en est défendu par des femmes plus âgées armées de fouets. Le soir, ce lieu est pris d'assaut par les jeunes gens, et ceux qui parviennent à l'intérieur on le droit de faire l'essai d'une épouse éventuelle, en poussant le « flirt » plus ou moins loin. Pendant la journée, les filles se promènent munies d'un fouet dont elles usent volontiers sur le dos du garçon le plus admiré.
La seule croy […]
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