2. La peinture puriste
La solidarité avec l'esprit moderne, l'empathie avec l'âge de la machine n'impliquent pas que le peintre puriste soit tributaire de sujets modernes. Représenter des machines conserverait l'art dans une sorte de contingence nuisible à la recherche du général et du permanent. La peinture puriste, comme la peinture cubiste avant elle, sera essentiellement une peinture d'objets quotidiens, une peinture de natures mortes. Son répertoire se met progressivement en place au cours des années 1919 et 1920 : instruments de musique (violon, guitare), livres, pipes et contenants manufacturés divers (verres, cruches, carafes, assiettes). Ces objets sont d'abord choisis pour leur haut degré de « sélection mécanique », équivalent de la sélection naturelle, selon Ozenfant et Jeanneret, dans le monde des artefacts. La nécessité d'adaptation optimale à leur fonction leur a fait trouver une perfection qui favorise la recherche des lois et de l'invariant chez le peintre qui s'inspire de leur forme. Ozenfant et Jeanneret organisent ces objets sur la surface de la toile en respectant une structure géométrique forte, le plus souvent orthogonale, et font parfois usage de tracés régulateurs. Pour leur représentation, ils s'inspirent visiblement des techniques du dessin industriel ou du dessin d'architecture, recourant à l'axonométrie et aux juxtapositions de profils et de vues en plan (Ozenfant, Le Violon jaune, 1919, musée d'Art moderne de la Ville de Paris). Rapidement, les compositions deviennent plus complexes : les objets s'imbriquent comme les pièces d'un jeu de construction, ou glissent les uns sous les autres, entraînant des difficultés croissantes de lecture. Leurs plans transparents se superposent, s'intercalent, se rabattent ou se dédoublent selon des axes de symétrie arbitraires, jouent sur une fausse profondeur optique. Dès lors, l'identification des objets en tant que tels a moins d'importance que la perception du tout organique qu'ils composent, et de l'architecture dans laquelle ils s'insèrent.
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



