2. Caractères communs
Si la composition des purāṇa se révèle particulièrement lâche, ils n'en ont pas moins la prétention de suivre un schéma strict ; ce schéma est surtout théorique et beaucoup ne s'y conforment guère : chacun d'entre eux est censé comporter cinq grandes divisions dont l'ensemble porte le nom de pañcalakṣaṇa, les « cinq caractéristiques ».
• Les « cinq caractéristiques »
Le premier des cinq grands sujets traités est la cosmogonie, c'est-à-dire la description de la création originelle, celle qui s'est produite au commencement des temps (agre). Il faut rappeler à ce propos qu'une création en contexte indien n'est jamais ex nihilo : c'est un simple développement à partir d'un principe premier. Au niveau des purāṇa, ce principe est généralement le Dieu suprême (Viṣṇu ou Śiva), l'Absolu personnifié, origine de tout, du matériel comme du spirituel, à la fois immanent et transcendant à sa création (sṛṣṭi, de la racine sṛj, « émettre »).
Ensuite viennent les créations secondaires, celles qui resurgissent après chaque destruction périodique de l'univers. Le processus d'apparition reste identique à celui de la création première et se conforme au schéma vulgarisé par les enseignements du sāṃkhya, l'un des six ensembles spéculatifs qui, vers la même époque que les purāṇa, s'efforçaient d'expliquer la réalité.
Le troisième sujet abordé est la généalogie des dieux et des ṛṣi, ces sages originels qui, au début de chaque création, voient le Veda et le retransmettent aux hommes. Les plus anciens textes mentionnaient sept ṛṣi originels, mais les listes de leurs noms présentaient de telles variantes que, peu à peu, ces noms s'ajoutant les uns aux autres, leur nombre s'est étendu.
Les purāṇa traitent aussi des manvaṇtara des « âges des Manu » ou périodes cosmiques. Dès le Mahābhārata, les alternances de surgissement et de résorption de l'univers apparaissent fixées sous la forme qu'on a conservée jusqu'à présent.
En cinquième lieu vient une généalogie des lignées solaire (celle dont les aventures forment la trame du Rāmāyaṇa) et lunaire (dont le Mahābhārata relate la lutte fratricide). Hormis son aspect mythique cette dernière partie offre encore un intérêt tout particulier : parmi de nombreuses adjonctions légendaires, il se peut qu'on y décèle quelques traces de faits ayant appartenu à la lointaine histoire de l'Inde du Nord.
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