6. Le publicitaire et l'art
L'artiste qui fait de la publicité uniquement « pour gagner sa vie » ressent souvent son activité professionnelle comme une indignité. En effet, le dédain dans lequel la publicité est tenue par l'historien et le critique d'art – même s'ils s'en défendent – porte préjudice à l'œuvre d'art « pure » lorsqu'elle est réalisée par un publicitaire, à telle enseigne que certains préfèrent œuvrer dans ces domaines séparés sous des noms différents. Bien sûr, Toulouse-Lautrec, Bonnard, Vuillard réalisèrent des affiches qui ont fait date ; mais l'idée selon laquelle, de leur temps, existait encore une affiche « artiste » ne persiste que pour permettre de mieux déplorer ce qui s'est passé après. Pour un Roland Sirletti qui fait volontiers état de sa formation et de son activité publicitaires, combien de publicitaires qui, à l'image de Cassandre, se désolent de ne pas être reconnus comme des artistes à part entière, dont l'œuvre graphique est pourtant supérieure à bien des œuvres d'art. L'artiste lutte pour être exposé sous son nom, le publicitaire, lui, voit ses réalisations présentées comme des œuvres anonymes, d'autant plus qu'aujourd'hui il appartient souvent à une agence où directeur artistique, concepteur, graphiste, photographe réalisent un produit graphique qui s'inscrit dans l'ensemble d'une campagne publicitaire. Pour un Vittorio Fiorucci qui maintient une indépendance constamment menacée, combien d'agences se forment pour faire front et dialoguer d'égal à égal, c'est-à-dire d'entreprise à entreprise, avec des groupes puissants ! L'artiste est censé placer l'essence de l'art au-dessus de son existence alors que le publicitaire est voué avant tout au contingent. A priori, on accorde au fresquiste, qui exécute une scène de caractère religieux ou politique – bien qu'il vise, tout comme le publicitaire, à convaincre –, une qualité d'essence qui, à défaut d'être celle de l'œuvre elle-même, passe pour être celle de la peinture. Le publicitaire est lié […]
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