5. La publicité comme moyen d'échapper à la censure
Pendant qu'en Occident, l'activité esthétique n'obéissait plus depuis longtemps à des canons fixés par les autorités officielles, l'Union soviétique et les pays de l'Est ont sinon imposé, du moins privilégié un réalisme dit socialiste. Rien de commun donc avec l'encouragement à la recherche dont se targuait le pouvoir communiste à ses débuts. Après que furent combattues les hardiesses d'un Malévitch et d'un Larionov, c'est dans l'affiche culturelle et de propagande, renouvelée par les recherches typographiques de Lissitsky, que se maintint le plus longtemps l'invention plastique, chez une Khodashevich, par exemple. Lorsque au cours des années 1960 l'isolement des créateurs ne fut plus possible, ce furent les affichistes qui firent preuve de la plus grande audace tout en conservant le contact avec le grand public. Tel fut le cas de l'affiche polonaise, dont l'exemple fut suivi dans presque tous les pays de l'Est. En fait, chaque manifestation culturelle devint prétexte à invention. Dans les régimes socialistes, l'affiche était le plus souvent un art sur les arts, un « sur-événement » culturel. Il s'agissait d'un art dont le fondement était le cinéma, le théâtre, le cirque ou l'affiche elle-même et dont le sommet était l'affiche. Cette expression était aussi une forme d'omission... Quelque chose ici faisait censure... La vie politique, économique, sociale n'était jamais directement traitée. Ce qui n'est pas dit se concentre dans un langage qui se caractérise par l'exacerbation. Tel film, qui, dans la société où il a été créé, est apprécié en fonction de ses qualités narratives et esthétiques, pouvait faire, traité par un graphiste polonais, l'objet d'une surcharge dramatique qui en a modifié le sens (Le Bal d'Ettore Scola par Andrzej Pagowski, par exemple). Ce langage, qu'on ne peut considérer tout à fait comme publicitaire car il ne vantait rien qui ne fût déjà consommé (places de théâtre, de cinéma, de cirque...) tant était grande la soif de culture, passait de l'euphorie colorée du cirque (l'équilibrisme et la contorsion pouvant être considérés comme métaphores de la situation de l'artiste) à la désespérance socio-économique, qui prenait l'aspect d'une réflexion pessimiste sur la condition humaine. Quels que soient les détours empruntés, l'affichiste crée un art populaire plus significatif de la vie d'un peuple que l'art proprement dit.
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