Auteur de ce chef-d'œuvre inégalé de la littérature d'imagination chinoise qu'est le Liaozhai zhiyi (Contes extraordinaires du pavillon du loisir), Pu Songling semble être issu d'une branche exilée au Shandong et appauvrie d'un clan puissant et riche aux lointaines origines arabes et marchandes. Peut-être pratiquait-on encore la religion islamique dans son village natal ? Non qu'on en trouve la trace dans son œuvre, mais il aurait pu puiser dans cette condition de minoritaire la force de son originalité critique. Certes, l'amertume qui la traverse s'explique par sa situation de lettré frustré : des échecs répétés aux examens supérieurs l'ont amené à une carrière de secrétaire privé de mandarin, auprès d'amis plus fortunés. Mais est-ce si sûr ? Son père était resté dans le commerce, lui-même sut faire apprécier ses talents dans un cercle intime de lettrés, certains éminents. Ce qui semble l'avoir marqué profondément, ce sont les querelles des femmes d'une grande famille divisée : le thème de la mégère non apprivoisée revient dans ses contes avec une fréquence presque obsessionnelle. On le retrouve dans un long roman en langue vulgaire, le Xingshi yinyuan zhu […]
