8. Psychotropes et psychiatrie expérimentale
Il est logique de faire débuter la psychiatrie expérimentale avec le précurseur que fut Jacques Moreau de Tours et avec son ouvrage Du haschisch et de l'aliénation mentale (1845). Mais il faudra plus d'un siècle pour que soient isolés les principes actifs du chanvre (dont le haschisch est la résine) : les tétrahydrocannabinols.
La mescaline, extraite en 1894 d'un petit cactus mexicain, le peyotl, va donner lieu aux remarquables travaux de L. Lewin et surtout à ceux de Mayer Gross (1925) qui posent le problème de l'analogie des troubles mentaux artificiellement provoqués et des psychoses naturelles.
La découverte, presque par hasard, en 1943 (A. Hofmann et al.), des effets hallucinogènes d'un dérivé de l'ergot de seigle, le lysergamide (ou LSD), qui est actif à des doses de l'ordre de la fraction du milligramme, va poser la question de l'existence possible dans l'organisme des malades mentaux de substances chimiques nocives à des doses infinitésimales. La recherche de substances pathogènes chez les malades mentaux n'en est qu'à ses débuts et, pour le moment, elle n'a pas encore abouti.
Une hypothèse ingénieuse fut faite avec la théorie des substances indoliques, c'est-à-dire contenant le noyau indole qu'on trouve aussi bien dans certains hallucinogènes que dans les métabolites d'hormones nerveuses comme l'adrénaline.
La génétique moderne, en découvrant à l'origine de certaines maladies des « lésions biochimiques » dans les cycles métaboliques, ouvre de nouvelles perspectives. Mais, naturellement, il est tout à fait incertain qu'on découvre une anomalie précise correspondant spécifiquement à tel ou tel désordre mental. Cependant, les acquisitions de la psychopharmacologie et de la neurochimie permettent de faire de sérieuses hypothèses impliquant les structures nerveuses à métabolisme spécial que sont les noyaux gris de la base du cerveau. Que des troubles psychotiques soient réduits par les neuroleptiques générateurs de parkinsonisme artificiel et que la maladie de Parkinson (qui intéresse ces structures nerveuses) soit efficacement corrigée par la L-dopa, précurseur de la noradrénaline, sont des faits très suggestifs, surtout si l'on pense que les effets « secondaires » de la dopa sont précisément des troubles psychiques du genre de ceux que corrigent les neuroleptiques.
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