4. Expérience du corps et thérapie psychomotrice
Bien qu'elle garde une certaine valeur nosologique, la classification de Wallon a suscité, quant à ses principes, maintes critiques : tout d'abord celle d'être une survivance des conceptions anatomo-cliniques qui dépeçaient les fonctions en rapportant chacune de leurs composantes à un organe ou centre nerveux, conceptions elles-mêmes tributaires de la théorie jacksonienne de la hiérarchisation des niveaux fonctionnels selon laquelle chaque niveau supérieur, en tant que tel plus complexe, plus organisé, plus volontaire, contrôle le niveau inférieur ; en outre, il s'avère que les stades réalisés en pathologie ne sont que la caricature grossière de ceux par lesquels passe l'enfant normal. Autrement dit, la perspective wallonienne pâtit du postulat discutable du parallélisme entre le pathologique et le normal et de la déduction du premier à partir du second, postulat qui a été réfuté par Goldstein et plus récemment par Georges Canguilhem.
Il convient donc de corriger cette classification des syndromes et la conception conjointe des types, en leur prêtant aux uns et aux autres une justification plus clinique qu'anatomo-pathologique. Wallon, d'ailleurs, nous y invite lui-même en soulignant le rôle de la relation avec autrui dans la formation, les perturbations et la complexion personnelle de la psychomotricité. C'est ainsi que, développant sa théorie de l'émotion comme relation tonique et exploitant l'apport psychanalytique mal apprécié par Wallon, J. de Ajuriaguerra a assoupli et élargi le tableau des troubles psychomoteurs : il met l'accent autant sinon plus sur leur signification relationnelle, affective et pulsionnelle que sur leur infrastructure anatomo-physiologique. La psychomotricité serait à lire comme un langage, l'expérience du corps comme un dialogue tonique. On est conduit par là à prendre en considération de manière privilégiée des signes tels que les tics, le bégaiement, l'énurésie, l'anxiété, la dyslexie, la dysgraphie, […]
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