2. Psychodrame et psychanalyse
Au départ, dans l'esprit de Moreno, le psychodrame s'opposait en tout point à la psychanalyse, dont il contestait aussi bien la méthode que la théorie. À la recherche du passé il opposait la création libre de l'avenir, à l'introspection la réalisation par l'action, au fantasme intérieur le rôle joué. Par un curieux retour des choses, l'introduction du psychodrame en France, après la guerre, est due principalement à des psychanalystes, et son développement actuel leur doit beaucoup. Pour eux, il n'existe aucune incompatibilité entre psychodrame et psychanalyse tant qu'on ne suit pas Moreno dans ses constructions théoriques. Le psychodrame est un mode d'expression susceptible de s'insérer dans une relation psychanalytique ; et le contenu des thèmes ainsi que les particularités du jeu peuvent être interprétés au même titre qu'un rêve, une attitude ou des propos tenus en cours de séance dans la situation psychanalytique classique. Cette assimilation a d'ailleurs été ratifiée par Moreno qui voit dans le psychodrame analytique une variante technique parmi d'autres.
La méthode qu'utilisent les psychanalystes diffère sensiblement du psychodrame tel que le conçoit Moreno. Au lieu d'induire activement la spontanéité ou de compter sur les effets cathartiques, on laisse le patient ou le groupe choisir un thème et le jouer à sa guise. Le rôle du psychanalyste est d'interpréter, en termes de désir, de conflits et de défenses, les significations inconscientes du thème et du jeu. Ces interprétations pourront être communiquées verbalement ou à travers le jeu du psychanalyste. À la suggestion fait place l'interprétation, à l'échauffement le transfert et la régression, à l'imagination créatrice l'analyse des fantasmes sous-jacents au jeu.
On observe toutefois des différences notables parmi les psychanalystes psychodramatistes. Les uns voient dans le psychodrame un simple moyen d'expression n'ajoutant rien au processus classique de la situation analytique (transfert, résistances, régression) et n'ayant en soi aucune valeur thérapeutique. Les autres, au contraire, reconnaissent les effets spécifiques de l'improvisation dramatique, qui s'ajoutent alors aux processus analytiques habituels. (D'ailleurs, il ne s'agit pas là d'une attitude thérapeutique éclectique mais d'une tentative d'interpréter psychanalytiquement les effets psychodramatiques et de les intégrer dans une conduite thérapeutique cohérente.) En fait, ces divergences ne tiennent pas tant à des partis pris théoriques qu'à des différences de technique et d'indication thérapeutique.
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