8. De la psychanalyse du jeune enfant à Lacan
La notion de couple de termes a été largement utilisée par les représentants de la psychanalyse du très jeune enfant – tout d'abord pour décrire la relation duelle d'un type particulier entre l'enfant et le partenaire nourricier. Elle concerne aussi le mécanisme spécifique du clivage, dans ses diverses variétés selon les auteurs. Par ailleurs, ceux-ci font un usage diversifié, selon leurs perspectives, des concepts d'interaction, de projection-introjection, d'alternance, dont l'origine est la philosophie « postkantienne ».
À propos de la relation primitive entre la mère et l'enfant, René Spitz a introduit la notion de dyade (1954). Il avoue emprunter ce concept au sociologue Georg Simmel. Il le précise aussi par référence au concept de « foule à deux », utilisé par Freud pour caractériser la relation hypnotique. Il assimile également cette notion à celle de « couple symbiotique mère-enfant », introduite à peu près à la même époque par Margaret Mahler (1952). Donald W. Winnicott (1965) utilise la notion de « couple nourricier » (nursing couple), qu'il déclare emprunter à Middlemore-Merell (1941), tout en se référant aussi à M. Mahler. Ce couple, selon lui, illustre sous sa forme la plus primitive « la structure individu-environnement ». Anna Freud a repris cette notion de couple mère-enfant (1968) en la rapportant également à Mahler. Spitz décrit cette dyade mère-enfant comme étant structurée selon l'« inégalité des participants ». La dyade est animée par un « processus de réverbérations circulaires, une série d'interactions dans un cadre social ». Les représentants de l'Ego psychology (Heinz Hartmann, Ernst Kris et Rudolf Lœwenstein) ont de même insisté sur l'interaction primitive du vécu mère-enfant (1964), comme M. Mahler, qui en décrit le fonctionnement en termes de « langage interactif » (1968). John Bowlby, pour sa part, décrit la relation primitive de l'enfant à son entourage comme déterminée par le mécanisme particulier de l'attacheme […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 20 pages…



