3. L'ascèse analytique
Plus s'élargit, cependant, le cadre théorique d'une psychanalyse des œuvres, plus s'affirme l'exigence de son élaboration critique. Comment concevoir qu'une discipline qui s'est donné pour fin de confronter le sujet effectivement engagé dans la cure à la question de sa propre vérité puisse reporter son exercice sur les productions de la littérature ou de l'art ? Peut-être dira-t-on qu'entre la praxis psychanalytique et l'élaboration des œuvres de l'esprit, la théorie est précisément habilitée à une fonction médiatrice. L'inconscient, le désir, le fantasme, la structure de l'œdipe, le narcissisme, les processus primaires de la condensation et du déplacement, la sublimation même, ayant reçu leur statut d'un type irréductible d'expérience, ces mêmes concepts seraient susceptibles de transposition. Mais encore faut-il que la valeur opératoire qui leur est ainsi attachée préserve l'originalité du type de théorisation dont on voudrait que la « psychanalyse des œuvres » fût en droit de se réclamer. Car la théorie psychanalytique ne systématise pas l'expérience où elle se fonde, elle ne systématise pas l'expérience du transfert, de ses effets et de sa résolution, elle n'éclaire pas le psychanalyste dans sa conduite de la cure, au même sens où la théorie physique vise à systématiser l'expérience des processus naturels et à éclairer la technique. L'inconscient, qu'il soit référé au patient, à l'analyste ou à leur communication, perdrait toute signification spécifique d'être ainsi constitué en un « objet » de construction conceptuelle.
Supposons donc un instant que la théorie psychanalytique soit apte à rendre compte de la genèse de l'œuvre d'art ou de son effet sur le spectateur. Sa mise en œuvre exigera la même critique radicale en ce domaine que la conceptualisation de la cure. Pas plus qu'on ne peut se prévaloir d'une quelconque « connaissance » de la psychanalyse pour construire les péripéties d'une psychanalyse, aucun système de concepts, transposé de l […]
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