Né à Calagurris (Calahorra), en Espagne, il eut une brillante carrière juridique et politique ; deux fois gouverneur de province en Espagne, il exerça de hautes fonctions à la cour de Théodose II. Retiré du monde, il se voua à la piété et à la composition de poèmes chrétiens.
Le Cathemerinon (Hymnes de chaque jour) est un recueil d'hymnes, en mètres lyriques, pour les heures du jour et pour quelques fêtes religieuses comme Noël et l'Épiphanie ; quelques morceaux en sont passés dans le bréviaire romain. L'Apotheosis, en hexamètres, réfute les erreurs sur la Trinité et la divinité du Christ. L'Hamartigenea (Origine du péché), en hexamètres également, traite de l'origine du mal en s'opposant au dualisme gnostique. La Psychomachia (Combat de l'âme) décrit le combat spirituel sous la forme d'un combat allégorique entre les vertus et les vices personnifiés ; elle eut une grande influence sur la poésie et l'iconographie médiévales. Les deux livres formant le Contre Symmaque (402-404) réfutent le rapport (relatio) de Symmaque à l'empereur Valentinien II en faveur de la religion traditionnelle (384). Prudence suit de près la réponse qu'Ambroise avait opposée à cette relatio (Epist., xviii).
Le Peri Stephanon (Sur les couronnes) est un recueil de poèmes en vers lyriques d'une rare virtuosité à l'éloge des martyrs espagnols ou romains (Prudence avait visité Rome et ses catacombes en 402 ou 403). Si ses récits de martyres choquent notre goût, ses descriptions intéressent l'hagiographe et l'archéologue.
Le Dittocheon, enfin (le sens de ce titre est obscur), est une suite de quatrains expliquant les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament représentées sur des tableaux d'église (fresques ou mosaïques) ; intéressant aussi pour l'iconographie.
On a fait de Prudence un Virgile ou un Horace chrétien, rompu aux formes et aux images de la poésie classique. Ses poèmes expriment un vif patriotisme romain en même temps qu'un sentiment chrétien authentique, au service duquel il met toute sa culture et sa technique. Il aurait réalisé une heureuse synthèse des deux cultures s'il avait eu avec une pensée plus profonde une expression plus originale. À la fin de la culture antique, « le plus grand poète latin chrétien de l'Antiquité » n'a pas réussi à créer une culture chrétienne originale.
Pierre Thomas CAMELOT
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