2. Une foi en quête d'intelligence
La preuve ontologique est ainsi devenue le symbole de la théologie rationnelle, confondue avec la métaphysique classique (ce que les disciples de Heidegger désignent comme onto-théo-logie), qu'on prétende la critiquer (Kant) ou l'accomplir (Hegel). Inversement, faire retour au Proslogion est apparu, sous l'impulsion en particulier du grand théologien protestant Karl Barth, comme la condition d'un renouvellement de la pensée théologique, en tant que « sortie » de la métaphysique. Une telle lecture veut montrer que la pensée philosophique a défiguré l'œuvre d'Anselme. En particulier, elle se refuse à séparer les chapitres ii à iv de l'ensemble du Proslogion, dont elle souligne la complexité de plan et de style : l'imbrication de la spéculation et de la méditation, des arguments et des prières... Elle insiste sur la dimension « mystique » ou « existentielle » du texte anselmien, l'unum argumentum se fondant selon elle non sur un concept ou une idée de Dieu (une essence) mais seulement sur un nom, qui indique l'absolue transcendance de son référent – et faisant de cette inaccessibilité le moyen même, pour la raison qui s'y mesure, d'atteindre Dieu : démarche qui place la foi à son point de départ, comme à son point d'arrivée.
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