3. Le prophétisme sécularisé
L'expression de prophétisme sécularisé ne désigne pas les anticipations des futurologues ni les pronostics incertains d'écrivains tels qu'Oswald Spengler. Si l'on qualifie souvent les uns et les autres de prophètes, ce n'est que selon une acception corrompue et équivoque. Mais il reste à caractériser les espoirs eschatologiques informels qui agitèrent les masses influencées par les idéologies et les rêveries utopiques. L'idée révolutionnaire a récupéré le prophétisme en le sécularisant, sinon en le désacralisant, au moment même où l'on assistait à un déclin de la ferveur religieuse. Cette transposition s'est opérée principalement sous l'action des philosophies de l'histoire qui, sur la base d'un déterminisme pseudo-scientifique, prétendaient pouvoir définir l'orientation inévitable de la société future. Sans doute, certains traits du prophétisme classique s'effaçaient-ils, telles les idées de transcendance et de vocation individuelle, mais la plupart des autres subsistaient ; charisme du chef (culte de la personnalité) ; dévotion des fidèles ou partisans dans l'attente de la nouvelle ère promise ; insistance sur des fins eschatologiques d'une égalité effective, d'une justice réalisée ou d'un bonheur assuré ; escapisme, ou évasion dans l'utopie de la société nouvelle ; aliénation de l'autonomie personnelle et du jugement critique par soumission inconditionnelle au mouvement ou au parti, porteur de l'espérance. Max Weber insistait sur les rapports entre le style d'un certain prophétisme et la démagogie. En ce qui concerne les idéologues totalitaires, il faudrait parler plutôt d'affinité.
Cette permanence du prophétisme, même en l'absence de toute révélation, répond toujours au même sentiment : la peur et, surtout de nos jours, l'angoisse devant l'avenir. Le prophétisme a un effet sécurisant.
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