4. Le milieu
Le fait que l'Ancien Testament emploie divers termes pour nommer les porte-parole de Yahvé : prophète, voyant, visionnaire (notons le lien que le texte biblique établit entre la vision et la parole) et homme de Dieu, indique qu'à l'origine ces mots désignaient des activités différentes. On distingue parfois en effet le « voyant » de l'époque nomade, qui agit en général de façon isolée et autonome et dont on connaît l'équivalent dans le monde arabe, des « prophètes » proprement dits (appellation que les prophètes de l'époque classique semblent éviter comme s'ils ne voulaient pas de confusion entre eux et ces « prophètes »), qui vivent habituellement en groupe et se manifestent de façon désordonnée, comme les inspirés de Syro-Phénicie ou d'Asie Mineure (cf. aussi I Sam., x ; I Rois, xviii). De toute façon, ces expressions ont fini par être pratiquement synonymes (I Sam., ix).
Pour l'historien des religions, le prophète fait partie, avec le roi, le sorcier ou le prêtre, de ceux qui ont reçu le « mana », c'est-à-dire la puissance (G. Van der Leeuw) et dont le rôle est parfois interchangeable (Samuel a été à la fois sacrificateur, conducteur et prophète de son peuple avant l'établissement de la royauté en Israël) ; certains traits de son activité l'apparentent aux devins, aux magiciens, aux derviches, aux chamanes, etc. L'Ancien Testament lui-même admet l'existence d'un prophétisme non israélite (Nombres, xxii-xxiv : Balaam ; I Rois, xviii : les prophètes de Baal), ce que confirme l'étude du Proche-Orient ancien. Depuis longtemps, les spécialistes connaissent les prophètes exaltés d'Asie Mineure ou de Syro-Phénicie et, si la question d'un prophétisme égyptien reste ouverte, les récentes découvertes de Mari, en Mésopotamie, leur ont permis d'attester la présence, au xviiie siècle, d'inspirés divins dont l'activité politique et religieuse à la cour présente des analogies avec les interventions de Nathan auprès de David ou d'Isaïe envers Ézéchias. Enfin, les pratiques des devins chez les Arabes nomades rappellent celles des voyants d'Israël, si bien que le prophétisme hébreu apparaît aujourd'hui comme profondément intégré dans un mouvement plus large qui s'est développé notamment chez les Sémites.
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