3. Projection et image du corps
Si la projection consiste bien, au sens freudien, à rejeter à l'extérieur de soi ce qu'on refuse d'y reconnaître à l'intérieur, elle pose le problème des relations entre perceptions internes et externes, lequel est dominé par celui de l'image du corps considéré à la fois comme la limite entre le « dedans » et le « dehors » et comme objet libidinal narcissique (P. Schilder). On peut donc dire que toute projection passe du réel à l'imaginaire par un mouvement dialectique dont la description reposerait sur une théorie de l'image du corps. Cette théorie a été esquissée par Sami Ali dans son ouvrage De la projection. Il y montre que « le corps propre apparaît comme un pouvoir primordial de projection dont les effets structurants sont décelables dans le domaine de la perception et de la mémoire, au niveau conscient et inconscient de l'inscription des événements ». Ainsi, à l'inverse des tentatives analogues de L. Bellak ou de D. Rapaport, le concept analytique de projection peut être étendu à de nombreux processus perceptifs sans perdre son sens primitif (bipartition du sujet et rejet sur l'autre de la partie de soi refusée). La construction du réel comme de l'imaginaire se fait, en effet, par une constante projection, méconnue par le sujet, de sa propre image, ou plus exactement de ce qu'il se refuse d'y voir. Cela est vrai non seulement du délire de persécution et du racisme mais aussi de la création artistique, comme l'exprime fort bien Borges : « Un homme fait le projet de dessiner le Monde. Les années passent : il peuple une surface d'images de provinces, de royaumes, de montagnes, de golfes, de navires, d'îles, de poissons, de maisons, d'instruments, d'astres, de chevaux, de gens. Peu avant sa mort, il s'aperçoit que ce patient labyrinthe de formes n'est rien d'autre que son portrait » (L'Auteur et autres textes).
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