7. L'ambiguïté de la notion de programme
La notion de programme génétique a été proposée dans les années 1970 afin de conceptualiser ce que l'on commençait tout juste à comprendre des mécanismes moléculaires régissant la différenciation cellulaire et le développement embryonnaire. Elle a émergé bien sûr des grandes découvertes de la biologie moléculaire, de la biochimie et de la génétique, mais aussi des concepts et techniques utilisés en informatique. Cette notion était tellement séduisante qu'elle s'est imposée, peut-être dangereusement, comme un dogme central.
En réalité, la comparaison entre un organisme vivant et un ordinateur tourne court assez rapidement. Seule la transcription d'un gène pris isolément correspond formellement à la lecture d'un programme en informatique. D'ailleurs, les chercheurs utilisent très fréquemment cette possibilité de pouvoir faire transcrire et traduire un gène eucaryote en dehors du contexte cellulaire, en l'introduisant soit dans un système artificiel totalement reconstitué, soit dans une bactérie. Les choses se compliquent nettement lorsqu'on se place dans le contexte tissulaire normal. En effet, le décodage du message génétique est effectué par un ensemble de protéines qui sont elles-mêmes synthétisées uniquement si une partie du message génétique a été lue ! De plus, ces protéines changent quantitativement et qualitativement au cours du développement embryonnaire, donc au fur et à mesure que le vaste programme censé diriger le développement est lu. Par conséquent, on se retrouve dans une situation où l'ordinateur permettant la lecture du programme évoluerait au fur et à mesure de cette lecture. En outre, plusieurs exemples nous ont montré que la lecture du programme dans une cellule peut permettre à celle-ci de modifier l'environnement de ses voisines, lesquelles verront alors en réponse leur programme se modifier. C'est probablement ce type de mécanisme qui permet un développement coordonné et synchronisé à l'échelle de l'organisme entier […]
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