6. Les modifications du programme
• Modifications provoquées expérimentalement
Plutôt que d'aborder l'étude du programme génétique de développement en utilisant des mutants naturels au hasard, on peut utiliser des méthodes de génétique inverse qui consistent à modifier expérimentalement chez une souris un gène donné puis à analyser les effets de cette modification sur le développement embryonnaire. Deux types majeurs de modifications peuvent être apportés : soit on rajoute plusieurs copies surnuméraires d'un gène, baptisé transgène, dans une souris qui devient alors « transgénique », soit, au contraire, on supprime ou on mute un gène par recombinaison homologue pour créer une souris dite « nullizygote ». La première technique est surtout utilisée pour étudier la régulation de l'expression des gènes. En effet, on peut modifier ou supprimer les séquences régulatrices du transgène et voir quelles en seront les conséquences sur son expression, dans un type cellulaire donné, à un moment précis du développement. Les souris nullizygotes sont, elles, utilisées pour étudier la fonction d'un gène : à quelles étapes du développement le gène est-il nécessaire ? pour quelles cellules ? pour quelles fonctions dans ces cellules ? Aucune généralité ne peut être déduite des expériences réalisées par transgénose, les résultats différant tous d'un gène à l'autre. Par contre, de façon surprenante, dans le cas des souris nullizygotes, la suppression ou la mutation d'un gène n'a bien souvent aucun effet majeur sur le développement. Cela révèle que l'organisme est capable de compenser la perte d'un gène, pourvu que sa fonction, vraisemblablement, soit redondante. En effet, si les gènes codant les protéines n'existent qu'en une copie unique par génome haploïde, ils appartiennent généralement à une famille de gènes qui présentent des homologies de séquences et donc probablement de fonctions. Une même fonction serait donc remplie par plusieurs gènes, ce qui n'exclut pas que chacun d'eux puisse présenter certaines spécificités.
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