Le terme procréation est souvent réservé à notre espèce, comme s'il était plus digne que celui de reproduction, qu'on utilise plutôt pour les animaux. En fait la plupart des animaux, et tous les mammifères, si nous prenons ce terme dans son sens littéral, ne se reproduisent pas mais procréent, puisque les descendants qu'ils conçoivent sont tous différents entre eux et qu'ils diffèrent aussi de leurs géniteurs.
Cette originalité est la conséquence de loteries biologiques successives dans l'héritage chromosomique, loteries qu'il faut rappeler succinctement : la méiose, qui produit des cellules sexuelles mâles ou femelles (gamètes) qui se sont diversifiées en séparant au hasard les paires de chromosomes homologues ; la mutation, qui introduit du variant accidentel dans l'hérédité ; la séduction, qui apparie un individu avec tel autre du sexe opposé ; la fécondation, qui permet à un gamète mâle (spermatozoïde) porteur de singularité biologique de fusionner avec un gamète femelle (ovule) lui aussi singulier. Ces événements à base génétique sont modulés par les caractéristiques, toujours uniques, de l'environnement, autour du génome (facteurs épigénétiques), autour de l'organisme (facteurs écologiques) et autour de la personne (facteurs culturels). C'est pourquoi la procréation sait produire du nouveau, et il semble que cela soit sa raison d'être !
Il y a bien longtemps que les hommes ont compris la liaison entre l'accouplement et la naissance : il leur suffisait d'observer le comportement des animaux domestiques et le délai constant qui sépare, dans chaque espèce, le coït de la mise bas. Il n'empêche que la chaîne des événements physiologiques qui va de la formation des gamètes à la fécondation, puis à la naissance, était restée obscure jusqu'à la fin du xixe siècle.
Pourtant, avant même d'avoir compris les grandes lignes de la procréation, on s'essayait à en maîtriser le cours, soit en prétendant agir sur le sexe ou la qualité du bébé, soit en supprimant la grossesse après […]
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