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LOUDUN PROCÈS DE

Urbain Grandier est conduit au supplice, Joseph Nicolas Jouy

Petite capitale protestante près de Poitiers, Loudun est entrée dans la grande histoire en 1634. Le Mercure françois consacre, cette année-là, une longue chronique aux « possédées religieuses ursulines de Loudun » : le 18 août, Urbain Grandier, curé de Saint-Pierre, a été brûlé vif sur la place Sainte-Croix pour crime de sorcellerie. On l'a accusé d'avoir provoqué par la magie l'effrayant désordre mental qui agite, depuis septembre 1632, dix jeunes religieuses ursulines de dix-huit à trente ans. Depuis lors, une foule de plus en plus nombreuse suit, comme dans un théâtre populaire, au milieu des cris, des contestations et des cantiques, le spectacle baroque d'exorcistes tonnant et luttant durant des heures contre les « diables » qui, en la personne des « possédées », leur répondent par mille insultes, prédisent l'avenir, devinent les secrets des assistants, se roulent à terre et hurlent de rage en dénonçant le magicien ou en confessant la présence eucharistique. Devenue, à travers ses objectifs apologétiques antiprotestants, un monstrueux « défoulement » collectif, cette lamentable histoire a un retentissement considérable : Richelieu suit de près l'affaire, Grandier s'étant malencontreusement mêlé aux adversaires de l'autorité centrale ; le chancelier Séguier se fait envoyer des rapports ; des évêques viennent présider les séances ; de toute la France et des pays voisins accourent les curieux. Mersenne, Peirec, d'autres savants se communiquent les « raretés » de ce dossier. Miracle ? Duperie ? Maladie ? Quelque chose de plus fondamental : c'est le procès de l'autorité religieuse, à qui se substitue la « raison d'État » ; c'est le lapsus du désir dans l'interstice de cadres sociaux en crise. Aussi le jugement a-t-il été politique, organisé par Laubardemont, commissaire de Richelieu.

Grandier mort — après un procès dont la forme était régulière, mais qui condamnait un homme bien étranger à la sorcellerie, coupable seulement d'avoir cherché avec trop d'arrogance l'élévation que lui promettaient ses talents et d'avoir trop aimé les femmes de ses paroissiens —, la « possession » continue. Elle aurait dû disparaître avec les cendres du prétendu magicien. On fait appel aux Jésuites. Surin est ainsi envoyé à Loudun, en décembre 1634, avec une cohorte d'exorcistes. Chargé de la prieure Jeanne des Anges, il fait tout pour diminuer, sinon supprimer, ces exorcismes publics qui théâtralisent un conflit intérieur. La vraie lutte consiste, pour lui, à faire entrer dans un entretien les désirs qui se cachent sous le masque de Satan et qui n'ont, pour parler, que le langage du corps. En fait, Surin est éliminé et, Jeanne des Anges changeant son personnage de possédée en celui de visionnaire, Loudun devient un centre dévot. Le drame se termine en mission populaire.

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