Le paradoxe aurait dû s'imposer depuis Freud : la prise de conscience ne rend pas conscient ce qui ne l'est pas ; elle n'admet (et ne garde) à la conscience claire que ce qui la sert sans la gêner, sans l'humilier, sans la troubler. Si quelque chose l'ennuie, elle le chasse ou s'y efforce. Si quelque chose l'offusque, l'irrite, elle ne l'affronte guère, ou elle ne l'affronte que le jour où elle est en mesure de le dominer : en attendant, elle ne l'aborde que de biais, elle le tient en retrait ou en réserve (la mémoire des offenses n'est pas la plus transparente, mais c'est la plus tenace). Si enfin quelque chose heurte la conscience ou la blesse, ou, comme on dit, la traumatise, elle réagit si vite et si intensément qu'elle ne s'en rend même pas compte : elle l'enregistre (elle opère donc bien comme conscience), mais elle le refoule, elle le comprime activement ; elle le vit comme comprimé, refoulé. Et elle préfère subir les contrecoups de ce braquage plutôt que de soutenir en face ce qui lui paraît insoutenable. Elle continue à se comporter comme conscience, puisque le refoulé fait encore partie de ses prises, puisque aussi elle applique sa règle constante qui est de distinguer parmi ses prises réelles ce qu'elle peut laisser venir, sans en être trop agitée, trop perturbée, jusqu'à la prise en considération. N'accède à cette dernière, qui est la prise de conscience psychologique, que ce qu'elle peut supporter, même sous forme déguisée, contrefaite, névrotique, de ce qui est tombé une fois sous ses prises effectives, de ce qui reste pris en elles.
Mais comment la conscience peut-elle prendre réellement sans prendre en considération (si ce n'est quand elle en a les moyens, sous des formes atténuées, détournées, triées) ? Il lui suffit de sentir et de percevoir, de requérir et de jouir, de requérir et de souffrir (déception), avec un minimum de discrimination que garantit la représentation minimale de la différenciation minimale (appétence et satisfaction, attente et f […]
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