2. Temps et bien-être
La théorie marshallienne de la valeur repose avant tout sur l'analyse des conditions de l'offre. Le prix d'offre normal de chaque bien est le prix auquel une certaine quantité peut être fournie durablement au marché. C'est ici qu'intervient la distinction en termes de périodes, faisant correspondre à chaque période un ensemble différent de variables et de paramètres. Pour „l'équilibre temporaire“, la quantité offerte est prédéterminée. Pour „ l'équilibre de courte période“, les facteurs de production sont fixes, mais peuvent être utilisés plus intensivement. Pour „ l'équilibre de longue période“, tous les facteurs sont variables.
Marshall met en œuvre cette périodisation dans son analyse de la valeur. Dans le long terme, l'entreprise représentative d'une industrie croît avec cette industrie et bénéficie généralement d'externalités positives engendrées par les autres entreprises mais aussi d'économies d'échelle internes dues à l'augmentation de la taille moyenne de chaque entreprise, ce qui contribue globalement à la baisse du coût moyen de production. Le prix d'équilibre de long terme est donc donné par l'intersection d'une courbe de demande de marché décroissante et d'une courbe d'offre également décroissante. Il est stable lorsque le prix de demande est supérieur au prix d'offre pour des quantités supérieures aux quantités d'équilibre. Cette théorie de l'équilibre de long terme tend en définitive à rétablir le rôle des coûts de production dans la valeur (conception classique), à côté de l'explication par la théorie de l'utilité (conception néo-classique). D'un point de vue plus pragmatique, la distinction des périodes est un outil largement utilisé, sans doute la contribution la plus durable de Marshall à la théorie économique.
Au-delà, l'influence des Principes est plus indirecte. Ainsi, la théorie du surplus devait guider une théorie du bien-être collectif, utilitariste dans son esprit, qui suppose d'agréger les surplus individuels. Cette perspective cardinaliste est abandonnée par la nouvelle économie du bien-être (Abraham Bergson, Kenneth Arrow) qui s'appuie sur la notion d'optimum de Pareto.
La postérité de Marshall tient aussi à l'importance reconnue aux organisations économiques, un thème de recherche qu'il développe particulièrement dans les Elements of Economics of Industry (1892) et dans Industry and Trade (1919).
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