2. La Sainte-Alliance et le problème des nationalités
Ainsi, sous l'influence des idées françaises ou en réaction contre elles, s'ouvrit une nouvelle période : le conflit entre le principe d'autorité et la liberté, l'opposition entre le droit monarchique et le principe des nationalités dominèrent la politique européenne. Avec le congrès de Vienne, sous l'influence de Metternich, la solidarité contre-révolutionnaire des monarques sembla ruiner les espoirs de construire une Europe conforme aux aspirations nationales des peuples. La nouvelle carte dessinée par la Sainte-Alliance provoqua des protestations indignées d'une foule d'écrivains qui cherchèrent à justifier le droit des nations à l'unité et à l'indépendance. Deux conceptions de la nationalité coexistèrent : d'une part, la théorie philosophique française, pour laquelle la nationalité est un contrat de libre volonté ; d'autre part, la théorie historiciste allemande, pour laquelle la nationalité est un être organique dont la manifestation essentielle est la langue primitive de ce peuple.
Durant la première moitié du xixe siècle, les conceptions différentes du fondement du principe des nationalités ne provoquèrent guère de difficultés car l'application de celui-ci fut constamment mise en échec. Les mouvements nationaux et libéraux qui l'invoquaient en Italie, en Allemagne, en Pologne n'aboutirent à aucun résultat : seule la Grèce réussit à s'affranchir partiellement de la tutelle turque.
Les mouvements révolutionnaires de 1848 résultèrent dans beaucoup de pays d'une tentative de mise en œuvre du principe des nationalités. Pourtant déjà apparaissaient les premiers obstacles : ainsi en Allemagne, à propos des duchés danois, le principe des nationalités ne coïncidait pas, pour bien des hommes politiques allemands, avec le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. De toute façon, avec la vague de réaction qui déferla sur l'Europe en 1849, tout espoir d'application du principe sembla une fois encore ruiné. Pourtant, l'idée nationale se répandait de plus en plus.
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