En cela qu'il entraîne pour le vivant la nécessité de réduire le développement du désagréable à un minimum, le déplaisir fait principe. La production de déplaisir est en effet liée à l'apparition d'une image mnésique, dans laquelle se répète l'expérience organique de la douleur. Mais, alors que le stimulus provoquant celle-ci est de nature exogène, le déplaisir émane de l'intérieur du corps, lors du réinvestissement de l'objet hostile : plus qu'à la perception c'est à la trace mnésique ravivée qu'il appartient de libérer « inopinément » (unvermuteter Weise) du déplaisir.
Le problème « décisif » est alors le suivant : comment empêcher cette décharge de déplaisir, c'est-à-dire comment contenir les images motrices qui la provoquent ? Nous sommes ainsi renvoyés à l'origine de la transformation d'une satisfaction pulsionnelle en expérience du déplaisir.
La distinction entre déplaisir et souffrance constitue à cet égard une des pièces maîtresses de la théorie freudienne : la souffrance est en effet toujours liée à l'investissement d'une partie du corps ou d'une représentation d'objet ; en ce sens, elle représente seulement une des formes sous lesquelles le déplaisir est susceptible de se manifester. Celui-ci accompagne la simple augmentation de la tension ; et, à ce titre, il entre comme élément constitutif non seulement dans les états d'affect mais également dans ceux de désir. Être sensible au déplaisir équivaut ainsi à prendre conscience de la présence de « motifs contraignants » (zwangsartige Motive) au sein du système psychique.
Toute théorie complète du déplaisir exigerait que soit expliquée la forme particulière revêtue par celui-ci dans des états aussi différents que la douleur, le deuil, l'angoisse, la colère ou l'extrême joie. Cette théorie se trouvant jusqu'à présent seulement esquissée, il importe d'abord de suivre les moments constitutifs de l'expérience du déplaisir.
Seul un « désir », nous dit Freud, est susceptible de mettre l'appareil psychique en mouvement ; cependan […]
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