Le principe d'utilité est au fondement de toute une tradition philosophique pour laquelle le bonheur est le bien suprême. La doctrine utilitariste pose ainsi pour objectif d'atteindre le plus de bonheur possible, de préférence à la liberté, à l'égalité, à la richesse, etc. En conséquence, le bien suprême en matière de morale et de législation doit être, selon l'expression de Jeremy Bentham, le « bonheur de la communauté », autrement dit le plus grand bonheur du plus grand nombre.
À toutes les époques, les hommes se sont interrogés sur les mœurs et les lois de leur pays : sont-elles bonnes ou mauvaises ? y en a-t-il des meilleures ? Mais, lorsque deux projets de loi sont en compétition, en règle générale aucun des deux n'est préférable de tous les points de vue. En matière de lutte contre une épidémie, par exemple, la législation la plus efficace du point de vue de la santé ne l'est pas nécessairement du point de vue de la liberté ou de la richesse, puisqu'elle peut comporter des restrictions aux déplacements, l'obligation de se faire vacciner, des équipements et des examens coûteux, etc. Il faut donc faire appel à un critère suprême pour trancher. Pour les utilitaristes, qui se réfèrent au principe d'utilité, c'est le bonheur de la communauté.
1. Une doctrine ancienne aux appellations diverses
Comme la plupart des notions fondamentales, le principe d'utilité a reçu divers noms à travers l'histoire. À l'époque romaine, on parlait du principe de l'utilitas publica ou utilitas communis. L'habitude de se servir du mot « utilité » pour désigner le bonheur et le bien-être vient ainsi du latin et de la philosophie du droit des Romains.
Des philosophes des Lumières comme David Hume (1711-1776) et Helvétius (1715-1771) parlent ainsi du « principe d'utilité publique ». Hume, par exemple, écrit : « Nous devons chercher les règles qui sont, dans l'ensemble, les plus utiles et les plus bénéfiques. [...] Le point ultime vers lequel ces règles doivent toutes tendre, c'est l'intérêt et le bonheur […]
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