12. La culture chez les primates non humains
La culture peut être définie comme un double processus impliquant, d'une part, l'apparition d'une innovation comportementale au sein d'un groupe et, d'autre part, sa transmission au sein de ce groupe par le biais de processus tels que l'apprentissage par observation ou imitation. Les dialectes vocaux, vocalisations particulières partagées par une population à l'exclusion d'autres populations, représentent un cas de quasi-culture existant essentiellement chez les oiseaux mais également chez les cétacés et chez des primates non humains. Toutefois, c'est dans les comportements dits « technologiques », notamment l'utilisation d'outils, que les manifestations culturelles sont les plus évidentes. Les chimpanzés communs sont pratiquement les seuls primates non humains à présenter autant d'innovations culturelles dans des populations allant de l'Est à l'Ouest africain (Whiten et al., 1999). Il existe une autre espèce de primates présentant une grande propension à manipuler les éléments de l'environnement, le sapajou brun (Cebus apella). Cette propension est manifeste en captivité ou dans d'autres situations d'exposition aux humains (Deputte et al., 2003). Toutefois, aucune utilisation d'outils dans la nature n'avait été démontrée pour des singes du Nouveau Monde. Elisabetta Visalberghi (2004) a entrepris de chercher dans la nature, au Brésil, des preuves de l'utilisation d'outils par les capucins. Elle a raisonné en s'appuyant sur la nécessaire conjonction, dans l'habitat, d'aliments secs et durs appétissants, de roches susceptibles de servir d'enclumes et de pierres adaptées à la force motrice des capucins adultes pour tenir le rôle de marteaux. Un habitat, à Piaui, dans une région sèche du Brésil, réunissait ces trois conditions. Des traces de possibles « ateliers » ont été découvertes. Après quelques affûts, Visalberghi et ses collègues ont pu effectivement observer des capucins, Cebus apella, ouvrir des noix de palmier, en les calant dans de petites cavités adéquates de rochers (qui jouent le rôle de l'enclume) et en les frappant avec des pierres (qui servent alors de marteaux). Les capucins utilisent le même geste pour éclater des oranges, fruits charnus, et frapper des noix sèches. Toutefois, dans ce dernier cas, l'ouverture implique la recherche du lieu et d'outils adéquats ainsi que d'emplacements ni trop ni trop peu profonds pour bloquer la noix destinée à être frappée. Cette découverte prouvait que les étonnantes capacités montrées par les capucins captifs étaient en fait le reflet de capacités cognitives présentes dans le patrimoine génétique de cette espèce.
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