3. Strepsirhini et Haplorhini
On classait naguère au voisinage des Primates primitifs un curieux petit animal des îles du Sud-Est asiatique, le Tarsier. Gros comme un rat à longue queue nue, remarquable par ses yeux immenses adaptés à la vision nocturne et disposés en façade, il vit accroché aux troncs et aux branches verticales ; il se déplace par sauts, le tarse démesurément allongé, qui lui a valu son nom, accroissant l'efficacité des muscles extenseurs. C'est un cousin des Omomyidae mais son origine se situe plus vraisemblablement au voisinage de Pseudoloris de l'Éocène supérieur d'Europe occidentale.
Naguère, le Tarsier et les formes voisines étaient regroupés avec les Adapiformes et les Lémuriformes pour former le sous-ordre des Prosimiens, s'opposant aux Simiens (vrais Singes et Homme), mais il s'avère, comme l'avait supposé le zoologiste R. I. Pocock dès le début du xxe siècle, que le Tarsier est plus voisin des vrais Singes. Il partage en effet avec ceux-ci plusieurs caractères dérivés (évolués) inconnus chez les autres Primates.
D'abord, la « truffe » à l'extrémité du museau, qui existe encore chez les Strepsirhini (Lémuriformes + Adapiformes) comme chez de nombreux autres Mammifères, a disparu chez les Haplorhini – « nez simple » (Tarsier + Simiens). Cette disparition est l'une des composantes de la réduction du sens de l'olfaction au profit de la vision chez les Haplorhini : le museau se raccourcit, et dans le cerveau les bulbes olfactifs diminuent de volume ; en revanche, les lobes occipitaux (siège des fonctions cérébrales visuelles) recouvrent maintenant le cervelet ; les yeux viennent se disposer dans un plan frontal, élargissant le champ de vision stéréoscopique, et, sur la rétine, une fovéa accroît la définition au centre du champ visuel. Ces modifications sont clairement liées au passage à la vie diurne (Tarsius étant secondairement redevenu nocturne). D'autres caractères crâniens confirment que les Haplorhini sont bien un groupe naturel, c'est-à-dire q […]
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