3. L'affinement du désir
La croyance offre au recours issu du besoin un langage, ne serait-ce que la seule invocation de la divinité, mais rares sont les invocations qui n'incluent déjà une théologie ou toute une conception de l'homme. Mieux informé aujourd'hui des fonctions du langage, on sait que le langage de la prière n'est pas du type informatif (faire savoir quelque chose à quelqu'un), mais évocatif, communicatif, exclamatif. La demande « qui offre l'homme à la bienveillance d'autrui [...] invoque Dieu dans la langue du chœur de la tragédie grecque, dans celle du psaume hébraïque, dans celle des liturgies chrétiennes, dans celle, toute proche du quotidien, de la prière spontanée du croyant. La parole qui prie est par excellence la langue de l'exclamation. Le cri a été relayé par le chant » (P. Ricœur).
Effectivement, aussi fruste soit-il, le langage de la prière est une victoire sur le mutisme ou sur le cri inarticulé du besoin brut. Le cri est relayé par le chant, et le besoin par le désir. La croyance inspire, éduque une configuration originale des dispositions affectives fondamentales comme de la volonté, qui permet à l'orant de ressaisir « l'expression quotidienne de la douleur et de la joie, de la colère et de la peur, pour l'élever au niveau lyrique d'une expression purifiée » (P. Ricœur), et en meilleur accord avec la perfection du Dieu invoqué.
Ce ressaisissement des préoccupations, soucis, désirs, ne se traduit pas seulement par la qualité de l'expression, mais aussi par celle de l'intériorisation qui lui est nécessairement liée. La prière conduit l'homme à habiter ses propres profondeurs, à se retremper non dans son moi narcissique mais dans son « cœur ». On admirera ce « conseil pour bien prier au temple du sage Ani » (Égypte ancienne), dont on trouve des équivalences dans toutes les religions : « La maison de Dieu a les cris en horreur. Prie pour toi avec les désirs de ton cœur, dont toutes les paroles sont cachées ; alors Dieu fera ce que tu désires, alors il […]
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