2. Le rôle de la croyance
On se ferait une idée caricaturale de la prière si on n'y voyait que l'expression d'un besoin signifié et transmis à une instance supérieure à fin d'exaucement. Le besoin incite au recours, mais le recours va être lui-même conditionné par le type de relation qui unit l'orant et son dieu. C'est la croyance qui encourage, justifie et structure le recours.
Une question capitale se pose : n'est-il pas essentiel à la prière que son terme transcendant soit conçu comme personnalisé ? Une puissance impersonnelle peut être crainte, célébrée, conjurée ; mais peut-elle être priée ? Pour interpréter correctement tant l'expérience que les croyances, il convient, en fait, d'accepter une certaine ambivalence.
La mentalité primitive, remarque Mircea Eliade, ne raisonne pas dans la perspective distinguant personnel et impersonnel, mais « en termes ontologiques : ce qui existe, ce qui est réel d'une part ; et ce qui n'existe pas d'autre part ». La plupart des primitifs ont perçu deux degrés dans le sacré : d'une part, ils ont reconnu, à travers les hiérophanies ouraniennes (dont le support sensible est la voûte céleste), l'existence « d'un Être divin céleste, créateur de l'univers et garant de la fécondité de la terre » ; d'autre part, ils ont eu tendance à laisser tomber dans l'oubli cet Être conçu comme personnel mais lointain, pour accorder leur attention à des formes inférieures, telluriques, du sacré (génies, démons, esprits, divinités locales). À ce dernier niveau, c'est l'animisme qui prévaut sans que soit réellement posée la question de la nature personnelle ou impersonnelle des forces avec lesquelles on entre en relation.
Les grandes religions ont sur ce point des croyances plus fermes mais non dénuées de nuances. Si l'on considère l'hindouisme, par exemple, on ne sera pas peu surpris de voir les interprétations demeurer hésitantes. Les manifestations du brahman (ou réalité suprême) dans la nature sont infiniment variées et il est légitime de les vénérer s […]
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