La prière n'est pas séparable de la totalité de l'expérience religieuse. Elle est le « verbe » qui donne forme articulée au commerce d'abord indicible avec le divin ou le sacré. Verbe qui s'organise selon la cohérence des diverses croyances. Verbe qui accompagne souvent d'autres activités religieuses : offrandes et sacrifices, oracles, rites divers, jeûne. Mais précisément parce qu'elle est verbe, c'est-à-dire expression ordonnée et langage d'un être aux prises avec son destin, elle est la plus représentative des manifestations de la relation de l'homme avec une transcendance. Envisagée dans une perspective phénoménologique, la prière apparaît comme naissant d'un besoin qui pousse au recours. La croyance va préciser le recours possible et armer la prière de ses invocations, de ses arguments, bref de son langage. Grâce à elle, le besoin brut se structure en désir digne d'être présenté aux dieux.
1. Le recours
Devant un danger imminent, dans une souffrance aiguë, un cri de prière peut jaillir de n'importe quelles lèvres humaines. C'est à peine une prière, c'est le recours à l'état pur : si quelque puissance écoute et peut quelque chose pour moi ! Jailli du sentiment de pure détresse, un tel cri est à peine articulé, et celui qui l'a lancé se reprend souvent, honteux d'avoir cédé à ce qu'il juge une faiblesse.
Par là se trouve posé le problème humain du besoin. L'homme est un être de besoins. Enfant, il n'est que cela. Adulte, que ce soit comme individu ou comme groupe, il a pris la mesure des besoins permanents à la satisfaction desquels il doit se consacrer sans trêve. Il lui faut bien les avouer et évaluer ses impuissances. Mais il doit aussi échapper à la tentation de la crainte excessive, de la démission, de la régression infantile, sans quoi c'en est fait de lui dans la lutte pour l'existence.
• Surgissement de la prière
Dès ses états archaïques, la prière représente une solution à ce problème. La prière : non plus le cri, mais la décision d'avoir recours à des puissances […]
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