3. Preuve et justification
Toutefois, Duhem (comme Quine) n'affirme pas que les hypothèses scientifiques pourraient se dérober au verdict de l'expérience. Il dit bien autre chose, à savoir que, face à l'expérience, la justification d'une théorie est globale, non locale. Et, en effet, un examen des pratiques effectives dans les sciences montrerait que la « preuve » d'une proposition scientifique n'est qu'un aspect de la justification globale des théories : l'unité épistémologique fondamentale n'est pas la proposition, mais la théorie (le « discours »). Il s'ensuit une dislocation d'ensembles des problèmes et des apories qu'on a rencontrés.
En termes de philosophie de la connaissance, cela signifie que les vrais enjeux se situent en amont de la preuve de chaque correspondance locale et se rapportent à la possibilité de la correspondance en général. Il s'agit d'élucider l'inhérence de l'explication au fait, non de coller ensemble, de l'extérieur, des propositions et des morceaux de réalité. Sans aller jusqu'à la quaestio juris de Kant – comment comprendre le bien-fondé des explications scientifiques ? –, on aura, de la sorte, explicité ce que, dans un remarquable passage, Hermann Weyl a appelé concordance : « La valeur définie qu'une quantité intervenant dans la théorie assume dans un cas particulier, écrit-il, est déterminée par les données empiriques qui sont à la base des connexions établies théoriquement. Chacune de ces déterminations doit conduire au même résultat [...]. Le cas n'est pas rare où l'on confronte une observation (relativement directe) de la grandeur en question (par exemple, la position d'une comète relativement aux étoiles à un certain moment) avec un calcul fondé sur d'autres observations (par exemple, la position à l'instant souhaité, calculée par l'application de la loi de Newton aux positions des jours précédents). La demande d'une concordance implique celle de la cohérence ; mais elle dépasse cette dernière dans la mesure où elle porte la théorie à un contact avec […]
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