Une proposition est dite prouvée si, ayant été établie par une méthode reconnue, elle fait l'objet d'une croyance. Cette formulation permet de distinguer quatre versants dans la théorie de la preuve : 1o un élément sémantico-formel, la proposition qu'il s'agit de prouver ; 2o un dispositif objectif de mise à l'épreuve de la proposition ; 3o la croyance subjective du destinataire de la preuve à l'effectivité de celle-ci ; 4o la reconnaissance intersubjective du bien-fondé des procédures de la preuve. On considérera ici le premier versant, qui pose une question préjudicielle en ce qui concerne les sciences empiriques (sur la preuve logique, cf. théorie de la démonstration), et le deuxième, qui reste l'aspect épistémologiquement décisif. Il y a pourtant une interdépendance entre le subjectif et l'objectif. La croyance en la vérité d'une proposition est supposée dériver des procédures objectives (toute preuve vise à provoquer un assentiment) et la confiance faite à ces procédures représente elle-même une autre croyance.
On examinera ces questions en rapport avec la théorie de la vérité d'Alfred Tarski, telle que Karl Popper l'a interprétée, et avec les critères néo-positivistes de la preuve. Héritant de plusieurs traditions et courants, le néo-positivisme a pour ainsi dire défini les exigences canoniques en matière de preuve, y compris dans leurs difficultés et leurs apories : la critique ultérieure a retenu, pour l'essentiel, les critères positivistes, en se limitant à ajouter que, ces derniers se révélant inaccessibles, il ne saurait y avoir de preuve ou que toute preuve serait foncièrement indéterminable. Mais il est tout au moins problématique de vouloir se dispenser des concepts de fait, de contrôle empirique ou de vérité.
1. La proposition et le fait
Le problème, énoncé déjà par les sceptiques au sujet de la représentation, est celui de la confrontation de deux domaines apparemment sans commune mesure. Popper le pose en ces termes : « Que pouvons-nous signifier si nous disons d'une asser […]
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