À peine lancée à Paris, en février et mars 2002, la presse quotidienne gratuite rejoignait les caniveaux, sa destination naturelle à écouter alors un grand nombre de voix dans les médias. Tôt le matin, Metro, puis 20 Minutes, n'étaient pas encore distribués par des colporteurs ou installés dans des présentoirs à la sortie des transports en commun que des syndicalistes ouvriers du Livre, affilié à la Confédération générale du travail (C.G.T.), les éparpillaient sans ménagement sur le pavé. En étant imprimés à l'étranger ou dans des entreprises françaises échappant au contrôle du syndicat, les quotidiens gratuits créaient en effet un précédent de nature à rompre le fragile équilibre garantissant, dans les imprimeries de presse, des salaires et des conditions de travail bien plus favorables.
Le monde médiatique ne condamna pas ces coups de mains. Prompts d'habitude à dénoncer les privilèges des ouvriers du Livre, patrons de presse, journalistes, distributeurs de journaux ne trouvaient pas ici matière à s'offusquer. Et pour cause : en laissant agir la C.G.T., ils espéraient la mort de ces nouveaux journaux et la fin de toutes leurs angoisses. Que reprochaient-ils aux « gratuits » ?
1. Une entrée réussie
Les directeurs de médias craignaient une concurrence déloyale et la captation d'une part d'un marché publicitaire déjà insuffisant. Les distributeurs de presse redoutaient la perte de contrôle de ce nouveau marché et la désaffection de leurs boutiques, la presse quotidienne constituant un produit d'appel vers les magazines et livres. Les journalistes accusaient aussi la presse gratuite de dénaturer leur métier en développant des formats courts, voire racoleurs, et de tirer le lecteur vers la facilité.
Quelques années plus tard, la presse quotidienne gratuite a connu en France, comme dans presque tous les pays où elle s'est implantée, une première fortune : elle a survécu. Elle s'est même développée ; Metro et 20 Minutes ont régulièrement augmenté leurs tirages et dépassent en 2005 les cinq cent […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



