La littérature indienne moderne en langue hindīe (parlée dans le bassin du Gange, de Delhi à Bénarès) a été dominée, au début du xxe siècle, par un mouvement appelé Chāyāvāda et correspondant à la fois au romantisme (par son inspiration lyrique) et au symbolisme (par ses recherches stylistiques) des littératures européennes, dont il se recommandait d'ailleurs expressément. Des écrivains tels que Jay Shankar Prasād (1889-1937), Sūryakāntha Tripāthī Nirālā (né en 1898), Sumitrānand Pant (né en 1900), Mahādevī Vermā (poétesse, née en 1907) ont donné, sous l'égide de ce mouvement, leurs lettres de noblesse à la poésie et à la prose hindīes. On peut dire sans exagération que ceux-ci sont les écrivains des trois décennies de l'entre-deux-guerres qui ont véritablement fondé la littérature moderne en langue hindīe : dès lors l'urdū ne sera plus utilisé que par les musulmans, cette tendance se trouvant renforcée après l'indépendance (1947) par le fait que l'urdū devient officiellement la langue nationale du Pākistān. Ce phénomène s'observe précisément chez le plus important écrivain de cette période, le romancier Prêmchand (Prēmčand), dont les premières œuvres sont en urdū. En se ralliant au hindī, il contribua, par son prestige d'auteur à succès, à établir solidement (et sans doute définitivement) le statut « national » d'une langue que l'on avait longtemps méprisée. D'autre part, Prêmchand (de son vrai nom, Dhanpat Ray) élargit la perspective offerte aux écrivains de son temps en prenant pour source principale de son inspiration la situation faite aux paysans au moment où l'Inde s'ouvrit à l'industrialisation. Tantôt, il dépeint les affrontements entre les propriétaires terriens et leurs fermiers, tantôt il montre combien est difficile l'adaptation de l'agriculture traditionnelle aux procédés nouveaux introduits par les techniques modernes. Ses deux chefs-d'œuvre, Un champ de bataille (Rangabhūmi) et Le Don d'une vache (Godān), sont des romans sociaux, où ces thèmes fondamentaux sont développés avec le plus d'ampleur et de bonheur dans l'expression. Compte tenu de l'impact qu'ont eu de tels livres sur la société indienne à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il n'était pas déplacé de comparer Prêmchand à Gorki comme on l'a fait souvent. Cependant, le romancier indien n'est pas influencé par le marxisme : il est plus un homme de cœur, un idéaliste, qu'un militant, et, s'il fallait trouver une référence idéologique à son activité d'écrivain, c'est plutôt à Gāndhi qu'il faudrait penser. Prêmchand a aussi écrit de nombreuses nouvelles (plus tard réunies en un recueil : le Mānsarovar) dont la parution dans des magazines assura une grande diffusion à sa pensée sociale. Il est considéré, aujourd'hui encore, comme le meilleur romancier indien du xxe siècle.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



