3. De l'Antiquité à la Renaissance
Les dénombrements et l'enregistrement n'étaient pas limités au seul monde soumis à Rome, puisque César, relatant dans la Guerre des Gaules (I, xxix) la prise du camp des Helvètes, fait état de tablettes de recensement écrites en caractères grecs portant la liste nominative « des émigrants (les Helvètes eux-mêmes) en état de porter les armes, et aussi une liste particulière des enfants, des vieillards et des femmes ». Suivent les chiffres concernant les Helvètes proprement dits, les quatre autres peuplades les accompagnant, les guerriers, enfin le nombre recensé sur ordre de César de ceux qui acceptent de retourner chez eux. Plus loin, à propos des Rèmes, alliés des Romains établis en Belgique, César signale chez eux le même souci de statistique concernant « le chiffre d'hommes que chaque cité avait promis pour cette guerre (contre les Romains) dans l'assemblée générale des peuples belges ». Suivent les chiffres concernant la plus puissante des tribus, celle des Bellovaques, et les autres tribus (ibid., II, iv).
Malgré cette présence indéniable d'éléments de dénombrement et d'une capacité de recensement chez les peuples « barbares », les invasions désagrégeant l'unité de l'Empire marquent un recul incontestable, confirmé par l'instauration progressive du régime féodal morcelant le territoire occidental en de multiples fiefs seigneuriaux laïcs ou ecclésiastiques se prêtant mal à des recensements d'ensemble. L'effort néanmoins n'a pas cessé sur toute la période. On retracera d'abord les principales étapes antérieures au xive siècle, qui marque un tournant tant pour les dénombrements que pour l'enregistrement, puis, du xive au xvie siècle compris, les progrès des recensements, ceux de l'enregistrement, enfin la véritable explosion de la statistique dite descriptive à l'époque de la Renaissance.
• Des capitulaires carolingiens à l'« État des feux » de 1328
Des inventaires ou capitulaires de […]
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