2. Thème et propos
Enfin, une autre distinction binaire a été effectuée par certains linguistes, sur des bases cette fois non plus logiques, mais psychologiques. C'est ainsi que l'on a pu parler, à la suite de Herman Paul, de sujet psychologique et de prédicat psychologique pour désigner respectivement le « thème » (en anglais, topic) d'un énoncé et le « propos » ou « rhème » (en anglais, comment) – c'est-à-dire ce dont on parle, l'objet du discours, et ce que l'on en dit, soit l'information que l'on apporte à propos de cet objet. Cette distinction, introduite à la fin du xixe siècle, a été reprise et approfondie à partir de la première moitié du xxe siècle par les linguistes du cercle de Prague, tels Vilèm Mathesius ou J. Firbas, dans le cadre de ce que l'on a appelé « la perspective fonctionnelle de la phrase ».
De son côté, Charles Bally applique la distinction thème /propos à un autre niveau d'analyse, celui de l'énonciation et non plus de la constitution interne de l'énoncé au sein du discours. Il propose de décomposer l'énoncé en un modus (sujet modal suivi d'un verbe modal, par exemple « je dis que » ou « je crois que ») et un dictum (ou contenu propositionnel, par exemple « cet accusé est innocent »). Selon lui, l'acte de pensée (dire ou croire) actualise la représentation (l'innocence de l'accusé) qui est visée par cet acte, qui en est l'objet : « nous dirons donc que le modus est le thème, et le dictum le propos de l'énonciation explicite » (Linguistique générale et linguistique française, 1932).
Par la suite, la distinction thème /propos a été maintes fois reprise sous des dénominations diverses (topique /commentaire, topic /focus, thème /rhème, thème /prédicat, etc.) et dans des perspectives théoriques variées – l'approche psychologique ayant été relayée par des approches dites informationnelles, où l'on cherche à caractériser les bases du dynamisme communicationnel propre au discours, en opposant l'information connue à l'information donnée comme nouvelle. Ainsi dans les travaux de W. Chafe, K. Lambrecht ou S. Dik.
Comme on le voit, la notion de prédicat est d'un usage extrêmement étendu en linguistique où, selon les cas, elle peut être utilisée au point de vue de la syntaxe, de la sémantique (logique) ou encore de la pragmatique.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



