3. L'exploitation du précontinent
Le précontinent est aujourd'hui suffisamment accessible à l'homme pour apparaître comme le prolongement naturel des terres émergées. Il comporte un certain nombre de ressources minérales superficielles exploitables : les agrégats pour béton, les algues calcaires, les minerais alluviaux (étain), les nodules de fer et de manganèse. Parmi les ressources profondes, les plus immédiatement exploitables sont le pétrole et le gaz naturel. Mais l'exploitation a longtemps porté sur les richesses biologiques (poissons, crustacés, coquilles) pour lesquelles se pose le problème de la surpêche ; pour maintenir l'équilibre biologique de telle sorte que l'on puisse puiser dans le stock animal sans l'anéantir, il faut en venir à des solutions nouvelles, dont la « mise en défens », expérimentée depuis lors sous la forme de « cantonnements », n'est que la première approche. Si l'on veut passer de la dépradation à l'élevage, il faut recourir non seulement à la concession à chaque exploitant de terrains dont il aura l'exclusivité, mais aussi équiper chaque « exploitation » ainsi localisée au large en fournissant aux animaux des abris et de la nourriture, en assurant leur défense contre les prédateurs et, plus tard, en sélectionnant des variétés plus productives.
Pour un tel équipement du précontinent, l'armature juridique est encore incertaine : dans les conceptions traditionnelles, la mer était à tout le monde, hormis la vieille notion d'eaux territoriales, définie par la portée des canons d'il y a quelques siècles. Puis, s'est développée l'idée du droit de pêche exclusif des pays riverains jusqu'à une distance variable selon les pays. Mais c'est seulement la Convention de Genève de 1958 qui a attribué aux États les plus proches la juridiction sur le fond des mers ; encore reste-il bien des problèmes pendants, par exemple pour les États fédéraux.
Un approfondissement des problèmes juridiques de l'exploitation des précontinents est nécessaire. Mais il est hors de doute que, dans les prochaines décennies, les précontinents passeront de l'état de terre vaine où chacun peut pratiquer ses déprédations à celui de zone rationnellement exploitée, avec un partage de l'espace entre divers produits et divers producteurs, et un souci quasi agricole de maintenir la production à un niveau régulier.
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